Protéger ses dents

Protéger ses dents
Hygiène buccodentaire et visites régulières chez le dentiste constituent l’essentiel des mesures à prendre pour conserver une denture en bon état à tout âge.
Même si les Français figurent toujours dans le peloton de queue européen en matière d’hygiène buccodentaire, ils se lavent tout de même davantage les dents, utilisent plus de brossettes interdentaires, fils dentaires, bains de bouche et révélateurs de plaque. Un signe : les enfants ont moins de caries. La multiplication des apports fluorés (dentifrices ou gels, sel de table fluoré, eau en bouteilles), les visites plus précoces chez le dentiste et le scellement de sillons, plus courant, y sont pour beaucoup.
 
Des inégalités
Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), publiée en 2013, montre ainsi que la part d’enfants indemnes de caries est passée de 12 % en 1987 à 56 % en 2006. Cela dit, ce pourcentage est global et la Drees a mis au jour de grandes disparités dues aux inégalités socio-économiques : 67 % chez les enfants de cadres contre 50 % chez les enfants d’ouvriers. Et en maternelle, 4 % des enfants de cadres ont une carie non soignée contre 23 % chez les enfants d’ouvriers.
 
Dentiste encore plut tôt
Aux dernières Journées européennes de la santé buccodentaire, l’Union française pour la santé buccodentaire (Ufsbd) a rappelé l’intérêt du programme M’T Dents offrant des examens buccodentaires gratuits à 6, 9, 12, 15 et 18 ans, et des actions de sensibilisation dans les écoles. Mais il faut aller plus loin. Pour prévenir les caries précoces, elle préconise une visite chez le dentiste dès l’âge d’un an et, en profitant de l’introduction récente d’un examen buccodentaire dans le parcours de santé des femmes enceintes, une information sur l’importance de la santé buccodentaire du nourrisson.
 
 
DENTS MISES À L’EPREUVE
 
Les facteurs favorisant l’apparition de caries, l’hypersensibilité dentaire, la gingivite et, un cran au-dessus, la parodontite sont aujourd’hui bien connus. À vous de faire le nécessaire pour éviter les soucis! Entretenir sa dentition pour éviter caries et autres affections buccodentaires commence en fait très tôt et dure toute la vie.
 
Caries de l’enfant
Bébé peut avoir des caries dès l’âge de 9 ou 10 mois, pourquoi ?

Biberons sucrés
Les premières lésions carieuses sont en général causées par un apport répété de liquides sucrés, notamment la nuit dans le but de favoriser l’endormissement.
Signe d’alerte : des zones de déminéralisation blanches et opaques sur les incisives temporaires. À ce stade, les +lésions sont réversibles à condition d’arrêter les mauvaises habitudes et de nettoyer les quenottes de bébé à l’aide d’une compresse imbibée de sérum physiologique et, vers 1 an, d’une petite brosse souple et d’un dentifrice faiblement dosé en fluor. Sinon les lésions s’étendent et obligent à extraire les dents de lait, ce qui retentira sur celles qui vont les remplacer.
 
Infections buccales
Elles peuvent être transmises par les bisous, ou indirectement via les cuillères, tétines ou biberons contaminés par la salive de la mère ou de la personne qui s’occupe de l’enfant. Conseils : ne goûtez pas dans sa cuillère, ne léchez pas sa tétine, rincez-vous la bouche au coucher à la chlorhexidine à 0,12 % pendant 15 jours pour assainir la flore buccale et mâchez des chewing-gums édulcorés au xylitol (en pharmacie).
 
Adolescence, en danger !
À cet âge, on se rebelle et on rejette les contraintes comme le brossage quotidien des dents et les visites chez le dentiste. Gare aussi aux comportements à risque, mauvais entre autres pour les dents : tabagisme, abus d’alcool, consommation de drogues, boulimie, anorexie… Parents, soyez vigilants !
 
Adultes, autres maux …
Première conséquence d’une mauvaise hygiène buccodentaire : les caries. Mais à l’âge adulte, elles sont moins nombreuses que dans l’enfance et l’adolescence, car l’émail est plus solide. En revanche, les problèmes de gencives sont fréquents, les structures dans lesquelles les dents sont implantées se modifiant, avec des facteurs aggravants nombreux : le tabac, l'alcool, les sucreries, le diabète, les changements hormonaux, la mauvaise adaptation du dentier, les médicaments qui dessèchent la bouche…
Le tartre, dur, formé à partir de la plaque dentaire, peut aussi contribuer à blesser les gencives. Résultat : elles sont gonflées et saignent.
 
Quand l’âge vient
Sans soins de dentisterie appropriés et une bonne hygiène, la situation s’aggrave et la gingivite dégénère un peu plus tard en parodontite. En clair, le parodonte, constitué de ligaments et de cément, qui recouvre les racines et l’os est touché. Cette inflammation et/ou cette infection détruisent les tissus de soutien. Les dents semblent alors plus longues du fait de la rétractation des gencives et des espaces noirs apparaissent entre elles. La chute n’est pas loin. Il est très urgent de consulter, mais à ce stade les soins sont longs et coûteux.
 

DENTS ET MALADIES
 
Une bouche en mauvais état peut causer toutes sortes de pathologies.
 
Infarctus
Les bactéries passent dans le sang circulant à partir des gencives et forment de petits caillots sanguins qui contribuent à boucher les artères.
 
Diabète
La parodontite multiplie le risque de développer un diabète ou complique son traitement.
 
Affections pulmonaires
Les infections buccales, dont les parodontites, augmentent le risque de pathologies respiratoires chroniques quand le terrain est déjà fragilisé par une lésion pulmonaire existante.
 
 
À SAVOIR

ANOREXIE : l’érosion de l’émail et l’altération des muqueuses buccales dues aux vomissements permettent aux dentistes et orthodontistes de repérer des troubles du comportement alimentaire chez les ados.
 

CONSEILS DE PHARMACIEN
 
Il existe aujourd’hui des gammes complètes adaptées aux dents des juniors.


Des brosses fashion et attractives pour les encourager à se brosser les dents tout seuls et sans rechigner, avec des personnages drôles et colorés, une petite tête pour les petites bouches et une ventouse pour plus de stabilité en main.
Des brosses pour les dents de lait (3-5 ans) et d’autres pour les dents définitives pour les enfants de plus de 6 ans.
Des dentifrices au taux de fluor adapté à l’âge, à partir de 250 ppm (vers 1 an), puis 400 à 500 ppm.
Des solutions dentaires spécifiquement conçues pour la denture mixte de l’enfant dès 6 ans, pour les zones difficiles d’accès. 


RÉPONSES D’EXPERT
 
Édith Lejoyeux, Chirurgien-dentiste, Fédération française d’orthodontie.
«  Certaines dents définitives ne sortent pas et restent incluses dans l’os sous la gencive quand les dents de lait ne tombent pas. »
 
Quelles sortes de dents sont incluses?
Très souvent les canines du haut. Elles peuvent rester dans le palais. Après extraction de la petite dent de lait, il faut les tracter et les repositionner sur l’arcade pour tenter de les remettre en place. Les incisives centrales aussi peuvent être incluses, mais c’est heureusement plus rare. Essentiellement à cause d’éléments surnuméraires, fréquents dans cette zone, mais aussi d’une chute sur la face au cours de la très petite enfance. Dans ce cas, la dent de lait qui a noirci tombe sans que la dent définitive fasse son apparition. L’espace peut alors se réduire jusqu’à devenir trop petit. La situation peut aussi être compliquée par des anomalies de forme et de position de l’incisive, voire la présence de kystes, parfois volumineux.
 
Est-il possible de déceler précocement ces problèmes?
C’est tout l’intérêt de faire systématiquement une radio panoramique vers 7-8 ans, au moment où les incisives doivent sortir, afin de s’assurer que les axes d’éruption des dents sont corrects et que les germes ont une forme normale. L’âge de détection de ces anomalies est déterminant, car un traitement précoce permet, dans certains cas, de guider l’éruption des dents et ainsi d’éviter qu’elles soient incluses.
 
Une fois incluses, comment les traiter?
La mise en place orthodontico-chirurgicale est la solution de choix, mais la stratégie de prise en charge est individualisée. L’âge du patient et la présence d’obstacles au chemin d’éruption, de kystes, de déformations de la dent incluse sont autant d’éléments à prendre en compte. Il faut faire des radios pour localiser précisément la dent, couronne et racine, visualiser les dommages collatéraux, osseux et dentaires, et évaluer si la dent peut être sauvée. L’étroite collaboration entre le chirurgien oral et l’orthodontiste est une clé de la réussite de ces traitements.                      
 
 
EVELYNE GOGIEN
Avril 2014


Bien être et Santé