Migraine, stop au mal !

Migraine, stop au mal !
Passionnante, l’histoire de la survenue d’une migraine, et encore bien mystérieuse… Les raisons de la crise sont loin d’être toutes élucidées.
HYPOTHESES ET CERTITUDES

À l’origine, une excitabilité inappropriée des neurones des zones les plus profondes du cerveau, et plus précisément une hyper­activation du nerf trijumeau, proche à la fois des régions végétatives, sous l’influence des hormones féminines, et des zones limbiques, affectées par les facteurs psychologiques, dont le stress. La crise étant le résultat de la rencontre entre cette vulnérabilité, que l’on sait génétiquement inscrite, de mère à fille, et des facteurs d’environnement, endogènes, c’est-à-dire propres à la personne, ou exogènes, le vent par  exemple, ces facteurs agissant via différents neuromédiateurs. Spontanément ou bien sous l’effet de facteurs déclenchants  environnementaux, le cerveau au moment de la crise enverrait des informations aberrantes aux vaisseaux associés à ce nerf trijumeau. À la clé, une inflammation de leur paroi et leur dilatation, deux bonnes raisons de souffrir. Les femmes sont plus souvent touchées, trois à deux pour un homme. Pour la reconnaître et la différentier notamment des céphalées de tension, de fatigue, car le traitement en dépend, les médecins disposent d’un canevas diagnostique parfaitement éprouvé. On peut parler avec certitude de migraine, avec l’interrogatoire du patient seulement, au-delà de cinq crises d’une durée de 4 à 72?heures en l’absence de médicament. Celles-ci présentent au moins deux des caractéristiques suivantes?: elles sont unilatérales, pulsatiles, d’intensité modérée à sévère et aggravées par l’activité physique. Les crises s’accompagnent soit de nausées ou vomissements?; de phonophobie ou de photophobie, ou des deux?: on redoute le bruit ou la lumière, ou le bruit et la lumière. La façon dont la douleur évolue est également riche d’enseignements, d’intensité progressive ou en coup de tonnerre, évocatrice alors d’hémorragie méningée.


SAVOIR CE QUI DECLENCHE LA CRISE

1- Facteurs déclenchants, un leurre??
On avait jusqu’ici l’impression que certains aliments ou comportements provoquaient la crise. Il semble que ce soit l’inverse… et que l’envie de prendre un carré de chocolat soit un premier signe, un prodrome annonçant la crise, comme bâillements, irritabilité, sensation d’estomac dans les talons. La réputation des facteurs déclenchants serait ainsi très exagérée… Ce sont davantage les changements d’état, les trop ou pas assez d’émotion, de travail, de sommeil, d’hormones ou de nourriture qui déterminent une crise.

2- À chacun ses sensibilités
Emblématiques, le manque de sommeil ou à l’inverse l’excès de sommeil, grasse matinée ou sieste, déclenchent une crise, qui paradoxalement peut céder avec le sommeil. L’alimentation ensuite est jugée coupable pour un quart des migraineux, peut-être parce que les nausées et les vomissements, caractéristiques des fortes crises, semblent révéler un problème digestif. Parfaitement repérés des migraineux, le chocolat et les boissons alcoolisées, sans doute davantage le vin blanc.

3- Café, l’ami du migraineux
Il existe autres situations favorables à la survenue d’une crise, comme sauter un repas, en particulier le petit-déjeuner, diminuer sa consommation de café à l’occasion du week-end, pour les grands buveurs… Un sevrage relatif en caféine, laquelle contribue à resserrer les vaisseaux, et qui est la bienvenue chez les migraineux.

4- Sans facteur déclenchant aussi?!
Les migraineux tolèrent en général mal le tabac, mais celui-ci ne lance pas une crise, à l’image d’autres odeurs jugées insupportables une fois la crise déclenchée, parfum ou certains stimuli, tel le vent. Pour déclencher plus sûrement une crise, une conjonction de ces détonateurs, soirée bien arrosée suivie d’un coucher tardif et d’une grasse matinée pourtant a priori réparatrice. Les crises surviennent parfois sans aucun facteur déclenchant de façon tout à fait imprévisible?!

5- Hormones féminines et migraine
Les fluctuations hormonales féminines, de la puberté à l’après-ménopause, sont source de migraine. Les crises à l’approche des règles sont plus intenses, plus longues et résistent davantage au traitement dues sans doute à la chute brutale des estrogènes en fin
de cycle. Les femmes enceintes migraineuses, gorgées d’estrogènes, sont plutôt mieux pendant leurs grossesses.


AVIS D'EXPERT

Dr Michel Lantéri-Minet, Neurologue au CHU de Nice, chef du département douleur et médecine palliative.

« La prise en charge de la migraine est aujourd’hui bien définie. »

Les nouvelles recommandations de la Société française d’étude des migraines et des céphalées pour la prise en charge de la migraine confirment la place, en première intention, des AINS, et de l’ibuprofène en particulier, efficace et bien toléré, au plan digestif notamment, pour la crise. À prendre précocement, idéalement dans la première heure pour éviter une récidive dans la journée. En cas d’échec, on peut essayer un triptan, éventuellement l’associer à un AINS. On peut gérer seul une vraie migraine, mais l’on doit consulter au moindre doute, douleur différente, insuccès du médicament ou altération de la qualité de vie même si le traitement agit.              


À EVITER

• Attendre pour prendre un antidouleur. Ne le prendre qu’au dernier moment, au cas où ça passerait tout seul est contre-productif. S’il s’agit d’une vraie crise, elle s’éteint spontanément au bout de 4 à 72 heures.
• Avaler plusieurs antalgiques à la suite. Le paracétamol est ici inutile. Lorsque l’on prend dès le début de la douleur le bon antalgique, habituellement un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) à la bonne dose, la douleur doit céder. Si ce n’est pas le cas, mieux vaut essayer un médicament de la famille des triptans, spécifiques de la crise migraineuse, à avaler là encore au tout début des symptômes.
• Prendre un traitement de crise plus de 2 jours par semaine depuis 3 mois sans avis médical. Si décidément les crises sont nombreuses, c’est sans doute le moment de discuter de l’éventualité d’un traitement de fond, médicaments, comme bêtabloquant en première intention, mais aussi aujourd’hui un dispositif qui envoie des impulsions sur le nerf trijumeau, élevant le seuil de déclenchement de la crise.


Dr BRIGITTE BLOND

Bien être et santé – Juin 2013