Contrôler pour mieux prévenir

Contrôler pour mieux prévenir
Une fois la grossesse confirmée, certaines précautions et un bon suivi médical, comportant analyses et examens, sont impératifs pendant ces neuf mois, pour la santé de la mère comme du bébé.
 
Toutes les consultations prénatales sont obligatoires et prises en charge par la Sécurité sociale. Elles sont prévues aux dates clés du déroulement de la grossesse.
 
Sept consultations
La première consultation est prévue avant la 15e semaine d'aménorrhée (absence de règles), mais fortement recommandée au deuxième mois.
Elle sert à confirmer la grossesse et à dater son début, à déterminer si celle-ci est à risque et doit être particulièrement surveillée. Elle comprend examen général (pesée, mesure du bassin, prise de  tension artérielle…), examen gynécologique (col et corps de l'utérus, frottis de dépistage…) et analyse de sang, pour déterminer le groupe sanguin et le rhésus, et vérifier si la future mère est immunisée contre des maladies à risque pour le fœtus : rubéole, toxoplasmose, sida, hépatite B. Les autres consultations se succèdent à raison d'une par mois.
 
Trois échographies
Les analyses d'urine répétées au cours de la grossesse visent à détecter la présence de sucre, pour dépister un diabète méconnu ou lié à la grossesse, d'albumine (on dit maintenant protéines), qui peut être le signe d'une hypertension ou d'une infection urinaire.
Au fil des mois, le médecin écoute les battements de cœur du fœtus, contrôle votre poids et votre tension artérielle, et examine les échographies. Trois sont indispensables pour vérifier le bon développement du fœtus, du placenta et du cordon, déterminer le nombre de fœtus et déceler certaines anomalies.
• Entre la 12e et la 14e semaine d'aménorrhée.
• Entre la 22e et la 24e semaine, 5e mois.
• Au 3e trimestre, en général entre la 32e et la 34e semaine.
Seules ces trois-là sont nécessaires. Évitez les échographies en 3D-4D proposées en souvenir, elles soumettent le fœtus à des radiations inutiles.
 

Pathologies liées à la grossesse

Les pathologies graves, spécifiques à la grossesse, sont rares au cours de ces neuf mois, mais les conséquences peuvent être lourdes pour le futur bébé et la mère. C’est à partir du deuxième trimestre et surtout au troisième  que l’on peut craindre les deux principaux problèmes de santé, diabète gestationnel et hypertension.
 
Diabète gestationnel
S’il y a des facteurs de risque prédisposant, antécédents familiaux du diabète, diabète gestationnel lors de la grossesse précédente, obésité et âge supérieur à 35 ans, près d'une fois sur deux le diabète gestationnel survient chez des femmes n’en présentant aucun. Le médecin demande alors de rééquilibrer l’alimentation, d'avoir une activité physique régulière (marche ou natation) et de se surveiller en prélevant une goutte de sang au bout du doigt avant et après chaque repas. Si la glycémie reste malgré tout élevée, des injections d'insuline permettent au bébé de naître en bonne santé. En revanche, si le diabète n'est pas pris en charge, les complications sont lourdes : bébé de plus de 4 kg, augmentant le risque de césarienne, glycémie néonatale trop basse et ictère (jaunisse).
Le diabète gestationnel disparaît en général après l'accouchement, mais un tiers de ces femmes développeront ultérieurement un diabète de type II. Les bonnes mesures pour éviter cette évolution : allaiter, perdre du poids et maintenir une activité physique.
 
Hypertension gravidique
Bien qu'elle soit fréquente, dans 5 à 10 % des grossesses, sa cause reste inconnue à ce jour.
 
• Danger certain
Certaines femmes développent petit à petit une hypertension au fil des mois, d'autres au troisième trimestre. Dans les deux cas, il y a danger.
Pour la mère : troubles de la coagulation, crises convulsives généralisées, insuffisance rénale, œdème pulmonaire aigu et même décès.
Pour l'enfant : retard de croissance intra-utérin, anomalies du rythme cardiaque ou autres qui peuvent être fatales, prématurité.
 
• Ce qui doit alerter
Gonflement des doigts, des pieds et du visage, prise de poids rapide, maux de tête, mouches volantes devant les yeux, bourdonnements d'oreilles sont des symptômes d’alerte. Il faut impérativement consulter, car l'hypertension artérielle gravidique est le signe d'une anomalie du placenta, appelée insuffisance placentaire, qui a pu survenir dès le premier trimestre et devenir un risque pour le fœtus.
 
Prise en charge de l’hypertension
Le premier traitement de l'hypertension gravidique est le repos, mais si cela ne suffit pas, le médecin peut prescrire des médicaments antihypertenseurs. En cas de complication, la prise en charge se fait en milieu spécialisé, à l'hôpital. Une césarienne avant terme est souvent nécessaire dans l'intérêt de la mère et de l'enfant. Conseil : même si tout va bien et si les chiffres étaient bons lors de la dernière consultation, prenez votre tension au moindre problème.
 

CONSEILS DE PHARMACIEN
 
Ne prenez pas un médicament sans l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien.
Certains sont tératogènes, ils provoquent des malformations chez le fœtus comme l’isotrétinoïne utilisée dans le traitement de l'acné.

Pas de vitamines ni d'oligoéléments à hautes doses. En revanche, une supplémentation en vitamine B9 (acide folique) à la dose de 0,4 mg par jour est recommandée au moins 2 ou 3 mois avant la conception et pendant la grossesse.
Certains médicaments sont autorisés pour les petits maux de la grossesse.

Antinauséeux classiques ou homéopathiques ; suppositoires à la glycérine et laxatifs doux pour la constipation ; paracétamol, sans association à de la codéine ou de la caféine, dangereuse en fin de grossesse. Pas d’aspirine ni d’anti-inflammatoire, toxiques pour l'embryon.
 
 
Réponses d’expert
Dr Alain Tamborini, Gynécologue, Paris

 
En début de grossesse, de petits saignements ne sont pas rares. Mais si vous perdez du sang pendant la grossesse, consultez toujours votre médecin.
 
Qu'est-ce qu'une menace de fausse couche?
Le médecin parle de menace de fausse couche en cas de saignements provenant non pas du col (traités par ovules), mais de la cavité utérine et s'accompagnant de douleurs. Après s'être assuré à l'échographie de la vitalité de l'embryon, il prescrit des antispasmodiques, de la progestérone et surtout du repos, qui constitue l'essentiel du traitement.
 
Comment savoir si la grossesse va continuer d'évoluer?
Si l'échographie montre une activité cardiaque de l'embryon, c'est bon signe. La grossesse a toutes les chances de se poursuivre, au besoin avec un traitement médical et du repos. Sinon, il faut refaire une échographie quelques jours plus tard pour juger du développement de l'œuf ou constater, au contraire, l'arrêt de la grossesse.
 
Quelles sont les principales causes des fausses couches?
Les anomalies chromosomiques représentent plus de la moitié des causes : la nature élimine elle-même les œufs anormaux. Les autres causes sont essentiellement une cavité utérine envahie de multiples petits kystes provenant d'une dégénérescence placentaire, une insuffisance hormonale, des infections aiguës, surtout avec une forte fièvre (même une grippe). Mais beaucoup d'avortements spontanés restent inexpliqués.
 
Une femme qui a fait une fausse couche a-t-elle plus de risques d'en refaire une?
Non, dans la grande majorité des cas. Mal vécue, surtout quand il s'agit d'une première grossesse, la fausse couche spontanée est pourtant un accident fréquent dans la vie d'une femme. Elle ne préjuge en rien des grossesses suivantes qui, pour la plupart, se déroulent normalement.

* Auteur de 800 questions au gynécologue, éd. Marabout, 2009, 5,90 €.
 
 
EVELYNE GOGIEN
Avril 2013


Bien être et Santé